Écoconception et prototypage - 2e et dernière partie

Pour les prototypes finaux, je voulais poursuivre le travail en façonnage à la plaque molle. J'avais en tête de concevoir un ensemble de vaisselle : 2 ou 3 formats d'assiettes, un plat moyen (assiette creuse), un bol et un gobelet. J'ai donc commencé à travailler avec la pâte que j'ai développé.

Comme j'en ai parlé précédemment, il ne s'agit pas d'une pâte parfaite : elle manque un peu de plasticité, et avait malgré tout tendance à être un peu collante au façonnage (possiblement dû au pourcentage élevé de ball clay qu'elle contient). Je pourrai assurément la retravailler plus tard, mais pour la réalisation de prototypes, cela ferait bien le travail.

Pour les assiettes, j'ai essayé d'autres pièces comme moules en creux, et le résultat n'était pas tout à fait comme je souhaitais. De plus, le bol était finalement trop petit, et la forme et le format du plat n'étaient pas à mon goût... Bref! J'ai décidé de tout reprendre!

En réutilisant les même moules qu'au départ, et en travaillant de la même façon que j'avais travaillé à l'origine, tout se faisait plus facilement. J'ai révisé ma façon de faire pour le plat et le bol, et je suis arrivée à des formes plus satisfaisantes à mes yeux.

J'étais toutefois incertaine pour le gobelet. Il s'agit d'un objet que je suis habituée de faire au tour, et qui est si facile et rapide à faire de cette façon, que je ne pouvais m'empêcher de me demander pourquoi je devrais me compliquer la vie à le faire par façonnage... J'ai donc décidé d'en faire 3 : un tourné comme à l'habitude, un autre façonné, puis un autre entre les deux, tournés mais déformé et tronqué.

Voici donc le résultat final :

J'ai finalement opté pour Martell Nuka I – V2 comme glaçure, puisque qu'en couche assez mince, elle ne semblait pas tressailler. Je me doutais que c'était peut-être risqué, mais au niveau esthétique, c'était vraiment le résultat qui me plaisait le plus donc j'ai décidé de tenter ma chance avec cette combinaison.

À ce propos, j'ai émaillé sur cru, et pour les gobelets, et même pour le bol et le plat, tout s'est très bien passé. Cependant, la glaçure était très visqueuse. J'étais inquiète des conséquences et avec raison : la grande et la moyenne assiette on toutes deux craqué à 4 endroits à la lèvre peu après que je les ai émaillé.

La glaçure me semblait effectivement épaisse, et les petites craques qui apparaissaient au séchage me laissaient croire que les retraits de glaçure seraient sans doute nombreux... J'ai donc décidé d'éclaircir ma glaçure avec un peu de Darvan avant d'émailler ma petite assiette. Je n'ai effectivement pas eu de problème à l'émaillage ensuite.

J'avais émaillé le soir avant de rentrer à la maison, et j'avais tout laissé sur la table pour la nuit. Le lendemain, à mon arrivée à l'atelier, j'avais beau chercher, plus aucune trace des craques de la veille aux lèvres de mes assiettes...! Est-ce que je venais de découvrir une pâte céramique qui s'auto-répare?!

Ç'aurait été bien trop beau pour être vrai! J'ai tout de même vécu un petit suspense l'espace de 2 jours, car puisque je ne voyais plus de craques, j'ai décidé de tout de même cuire mes assiettes. Mais elles sont réapparues pendant la cuisson : ça, c'est plus normal qu'une pâte magique ;)

Voici donc le résultat final :

J'aime vraiment la couleur de la glaçure, et sa texture lustrée fait un beau contraste avec le côté brute de la céramique. Et la céramique! J'aime toute la texture que crée les rebuts céramiques, et sa couleur... Et à ma grande surprise, aucun retrait dans la glaçure, pas même dans les assiettes!

Par contre, la petite assiette que j'ai émaillée après avoir ajouté un peu de Darvan à ma glaçure est sortie un peu rêche et matte : la viscosité initiale de la glaçure était donc parfaite... même si elle a fait craquer mes assiettes!

Malheureusement, en regardant de près, avec une lumière rasante, je crois bien apercevoir du tressaillage...

Bon, ce n'est pas comme si je m'étais embarqué dans quelque chose de simple ici, alors je ne suis pas tombée en bas de ma chaise... C'était une combinaison risquée, mais ce sont des prototypes, on en fait pour apprendre et s'améliorer! Je reste vraiment contente du résultat... Ce n'est pas une production que vous pourrez retrouver dans vos armoires bientôt, mais je pense bien que c'est le début de quelque chose qui me plaît beaucoup!

Cindy Labrecque tient à remercier le Conseil des arts et des lettres du Québec pour son soutien financier qui a permis la réalisation de ce projet.

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