LE DÉVELOPPEMENT D'UNE GLAÇURE – PARTIE II
Après avoir réalisé un premier laboratoire selon la méthode quadraxiale, j'ai décidé de poursuivre mes recherches de glaçures avec une série de laboratoires triaxiaux à intervalles de 20%.
Pour faire ce type de laboratoire, je prépare 100g de chaque mélange (A, B et C). Après avoir mélangé les matières sèches avec de l'eau, je les tamise 2 fois à travers un tamis 60 mailles. Par la suite, comme mes tessons sont en forme de coupelles, je n'ai besoin que de 10 ml de glaçure pour chaque tesson.

Méthode triaxiale à intervalles de 20%.
J'ai donc sélectionné le résultat le plus intéressant à mon avis parmi ceux de mon laboratoire quadraxial à cône 6 (le #7, soit 80% d'argile locale pour 20% de cendres de bois), et j'ai entrepris de tester quelques modifications, principalement pour améliorer la fusion de la glaçure.
Car après avoir déterminé qu'il s'agissait de mon résultat préféré du laboratoire, j'ai refait un 100g de cette glaçure. Et comme c'est souvent le cas, le résultat s'est avéré légèrement différent de celui du laboratoire original, en l'occurrence plus mat. Cela est chose courante en céramique, car nous utilisons de si petite quantité de matériaux dans les laboratoires, les chances de ne pas arriver à répliquer exactement le même résultat ensuite sont malheureusement grandes. Mais étant désormais habituée à cette réalité, cela ne m'a pas découragé: j'ai choisi de plutôt voir là la confirmation de l'importance d'améliorer la fusion de cette glaçure!

Triaxial I
Dans un premier temps, j'ai voulu tester si l'ajout de silice, ou de syénite néphéline pourrait arriver à cette fin.

En haut : A : 80% argile locale / 20% cendres. En bas à gauche : B : + 25% silice. En bas à droite : C : + 50% de syénite néphéline.
Toutes les résultats sont plutôt similaires à mon avis. On remarque du retirement sur plusieurs tessons, mais il semble être localisé seulement sur la moitié couverte de barbotine d'argile rouge. La fusion semble être améliorée sur la plupart des tessons, surtout avec l'ajout de silice, mais pas de manière trop drastique. Cela me surprend tout de même que l'ajout d'une aussi grande quantité de néphéline n'affecte pas davantage la fusion de la glaçure : il y aurait là matière à investiguer davantage à mon avis...
Triaxial II
Je suis allée un peu ailleurs ici car il y avait aussi les rebuts céramiques dont je désirais tester l'intégration dans une glaçure. Pour palier au fait que la céramique broyée n'a aucune plasticité, j'ai cru bon la mélanger à 20% d'argile locale. Le mélange de 80% de néphéline et 20% d'argile locale ayant été concluant dans le laboratoire quadraxial (#5), j'ai décidé de m'en servir dans ce laboratoire-ci (A). Enfin, même si seul, le mélange 50/50 néphéline et coquilles d'oeufs ne m'apparaissait pas comme une solution, je me suis dit qu'il serait tout de même intéressant le tester comme élément d'une glaçure.

En haut: A : 80% syénite néphéline / 20% argile locale. En bas à gauche: B : 50% syénite néphéline / 50% coquilles d'oeufs calcinées 80 mailles. En bas à droite: C : 20% argile locale / 80% rebuts céramiques 60 mailles.
Malheureusement, les résultats de ce laboratoire étaient à mes yeux peu digne d'intérêt pour mes besoins. La majorité des résultats n'étant pas suffisamment fusionnés, l'intégration des rebuts céramiques n'a clairement pas été un succès. Comme je l'avais mentionné dans mon article de blogue précédent, les rebuts céramiques devraient sans doute être plus fins pour être mieux intégrés à la glaçure. Ici, j'ai utilisé des rebuts de 60 mailles et c'était à mon avis trop grossier. La matière tient mal en suspension.
Triaxial III
Encore ici, je suis partie avec 2 des mêmes mélanges que précédemment, sauf que j'ai remplacé le mélange argile/rebuts céramiques par 100% d'argile locale. Les résultats sont un peu plus diversifiés dans ce laboratoire.

En haut : A : 80% syénite néphéline / 20% argile locale. En bas à gauche: B : 50% syénite néphéline / 50% coquilles d'oeufs. En bas à droite : C : 100% argile locale.
Ici, c'est le résultat #20 qui a attiré mon attention, soit l'avant dernier.
Triaxial IV
Enfin, je suis revenue vers ma glaçure de départ (80% argile locale et 20% cendres de bois) pour faire un laboratoire dont j'avais la quaisi-certitude sortiraient des résultats intéressants (je l'avais déjà expérimenté dans le développement de mes glaçures recyclées). Il s'agit simplement d'ajouter de 25% de silice d'un côté (B) et 25% de fritte 3195 de l'autre (C).

Ce n'est pas mon idéal de recourir aux frittes, car il faut savoir que pour en arriver à cette poudre un blanche dispendieuse qui provient des États-Unis, il y a tout un processus énergivore et polluant derrière... Cependant, ceci étant dit, il s'agit d'un matériau extrêmement pratique lorsqu'il s'agit d'abaisser le point de fusion d'une glaçure, et qui est abondamment utilisé, souvent en grande quantité, dans les recettes de glaçures à basse température. Bref, je m'en sers tout de même un peu dans ma production, et dans mes tests, mais je vais toujours privilégier d'autres options avant d'en arriver là.
Le #1, soit la recette originale de base, est déjà plus satinée ici qu'elle ne l'était lorsque je l'avais testé pour la 2e fois. Je dois mentionner que j'ai utilisé une argile locale différente que dans mes tests précédents, ce qui peut aussi expliquer la différence. Par la suite, on voit qu'il en résulte rapidement des glaçures bien lustrées et translucides sans trace de tressaillage. Par contre, l'ajout de fritte seulement à plus de 10% semble faire couler la glaçure.
Même si une glaçure lustrée et translucide n'est pas exactement ce que je cherchais, il n'en demeure pas moins que plusieurs résultats de ce laboratoires pourraient servir de base de glaçure. De plus, j'ai ainsi pu constater qu'avec un simple ajout de 5% de silice ou de fritte, la glaçure est significativement plus fusionnée.
Les progressions linéaires
Suite à ces laboratoires, j'ai encore une fois voulu pousser une peu plus loin à partir d'un résultat intéressant. Le #20 du triaxial III, composé de 80% argile locale, 10% de syénite néphéline et 10% de coquilles d'oeufs, m'apparaissait comme une belle base pour une glaçure foncée, mais j'étais tout de même curieuse de tester l'ajout d'opacifiants. J'ai donc fait quelques progressions linéaires pour tester l'ajout de dioxyde de titane (0-5%, ligne du haut), de pigment noir sans cobalt (0-5%, 2e ligne à partir du haut), de zircopax (0-10%, avant dernière ligne) et finalement de rutile (0-5%, dernière rangée du bas). Il s'agit du type de laboratoire que je privilégie pour tester de simples ajouts dans mes glaçures.

Les résultats démontrent bien qu'avec une base foncé, les opacifiants n'ont pas du tout le même effet que dans une base pâle! Je remarque aussi que le pigment noir tend à rendre la glaçure plus matte, ce qui peut s'expliquer par le fait que le pigment est réfractaire.
En conclusion, cette série de laboratoires m'aura permis de découvrir plusieurs pistes intéressantes. Avant de pousser plus loin du côté des glaçures, c'est vers le prototypage et le développement de pâtes céramiques que me recherches se sont ensuite poursuivies... La suite bientôt!
Cindy Labrecque tient à remercier le Conseil des arts et des lettres du Québec pour son soutien financier qui a permis la réalisation de ce projet.
