DES PÂTES CÉRAMIQUES ET DES GLAÇURES LOCALES

Alors que j'arrivais en fin de projet, une source a pu me fournir des échantillons de 5 argiles locales différentes prélevées à différents endroits au Québec. Il m'est presque immédiatement venu l'idée de tester ma glaçure composée à 80% d'argile locale et 20% de cendres de bois avec ces différentes argiles pour comparer les résultats. Est-ce que les variantes dans la composition des argiles allaient affecter l'aspect des glaçures?

Je pense qu'il est clair que oui! J'aimais beaucoup les différents résultats obtenus, et la texture douce des glaçures presque mattes. Malheureusement, bien que le test de l'encre de Chine n'a pas révélé de tressaillage, ces belles glaçures se sont retrouvées tachées par l'encre...!

C'est la première fois que je voyais une chose pareille... À mon avis, c'est signe que les glaçures, bien que très douces, ne devaient pas être suffisamment fusionnées...

Comme j'avais déjà testé l'ajout de silice et de fritte dans un laboratoire triaxial, et qu'un ajout de 5% de silice semblait augmenter significativement la fusion, j'ai décidé de faire de même pour cette série de tests.

2 des 7 tests semblent suffisamment fusionnés, les autres sont encore mats et tachent toujours. Je remarque aussi que les 2 tessons les plus fusionnés prennent une teinte relativement similaire, un brun verdâtre satiné. Malheureusement, les glaçures semblent perdre de leurs belles teintes distinctes en étant plus fusionnées. À voir les différents résultats, j'en conclus donc qu'une glaçure contenant un fort pourcentage d'argile locale n'aura possiblement pas exactement le même point de fusion selon l'argile utilisée.

J'ai aussi fait le test de résistance aux acides avec les 2 tessons de glaçures les mieux fusionnées, et après plus de 3 jours dans du vinaigre, la surface des glaçures n'était pas du tout altérée. Je pourrai donc pousser les recherches de ce côté plus tard. 

Aussi, c'était l'occasion de tester si l'utilisation de différentes argiles locales dans ma recette de pâte aurait un impact sur le résultat.

Avant cuisson.

Après cuisson à cône 6.

Possiblement dû au fait que l'argile constitue seulement 25% de la pâte, les résultats sont très similaires. Le taux d'absorption se situe autour de 0 pour tous les échantillons, et le retrait entre 12 et 13%. J'en conclu donc que dans ces proportions, je pourrais possiblement utiliser différentes argiles sans problème.

Par contre, je retravaillerais peut-être la recette un peu en fonction de l'argile afin d'augmenter légèrement son point de fusion. Comme je l'ai déjà mentionné, j'essaie de viser un taux d'absorption qui ne soit pas à 0 dès le départ, car cela me fait craindre la surcuisson. Comme on peut voir sur la photo ci-bas, les barres test ont presque toutes légèrement gauchit.

Pour terminer, j'ai testé la cuisson des différentes argiles locales à cône 04 par curiosité. Je les ai au préalable toutes fait sécher, puis réhydrater, pour les tamiser à 60 mailles, avant de faire raffermir les barbotines sur des plâtres et de pétrir les pâtes pour façonner des plaques test.

Les traces blanches qui apparaissent sur les arêtes de certains tessons et en surface de l'argile de la Côte-Nord seraient, à mon avis, dues à des sels solubles présents dans les argiles qui auraient migrés vers la surface à la cuisson. C'est un phénomène qui porte le nom d'efflorescence. C'est le genre de choses qui peut poser problème à l'émaillage, en empêchant la glaçure d'adhérer correctement au tesson.

Comme les couleurs me le laissaient présager, l'argile la plus pâle (Côte-Nord, première en haut) a un taux d'absorption parmi les plus élevés à 8,86%. L'argile la plus foncée (dernière en bas) a quant à elle un taux d'absorption de 0%... et un taux de retrait de 22%! Les autres résultats ont des taux d'absorption qui varient entre 4,88% et 8,9%, et un retrait final d'environ 10%.

Je peux donc en conclure que les argiles locales peuvent varier beaucoup si utilisées telles quelles. Un premier test à cône 04 me semble être un bon départ pour tester les argiles locales.

Ces derniers tests étant faits, il me restait maintenant à réaliser ma dernière série de prototypes... la fin approche!

Cindy Labrecque tient à remercier le Conseil des arts et des lettres du Québec pour son soutien financier qui a permis la réalisation de ce projet.

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