LE DÉVELOPPEMENT D'UNE GLAÇURE – PARTIE I

Après mes différents essais et ajustements de recettes de glaçures aux cendres existantes, il était maintenant venu le temps pour moi de me lancer dans le développement de mes propres glaçures.

Comme mon but est d'éventuellement cuire à plus basse température, mais qu'actuellement, toute ma production est cuite à moyenne température (cône 6), j'ai choisi de réaliser mon premier laboratoire en 3 exemplaires pour comparer les résultats à cône 04, cône 2 et cône 6.

J'ai choisi de faire mes tessons sous forme de petites coupelles qui permettent d'utiliser une quantité minimale de glaçure. Aussi, comme la glaçure est retenue dans la forme, il n'y a pas de soucis à se faire pour les coulées potentielles! J'ai aussi choisi d'ajouter de la barbotine d'argile locale sur la moitié du tesson pour comparer la réaction de la glaçure sur une argile colorée par rapport à un grès pâle.

J'ai longtemps réfléchi aux matériaux que je désirais explorer avant de me lancer, et par conséquent au type de laboratoire que je voulais faire. Je désirais tester l'argile locale, les cendres de bois, les rebuts céramiques, les coquilles d'oeufs... Selon mes recherches, ces dernières peuvent être utilisées comme substitut au carbonate de calcium dans une glaçure.

Pour ce qui est du type de laboratoire, il y a les méthodes linéaires, triaxial, quadraxial... Comme je désirais tester plusieurs matières et leurs interactions entre elles, j'ai finalement décidé de me lancer dans un laboratoire quadraxial (que j'ai un peu modifié pour mes besoins), et de tester les matériaux suivants : l'argile locale, les cendres de bois, les coquilles d'oeufs, et la Syénite Néphéline.

Désirant travailler le plus possible avec des matières de proximité, les 3 premières allaient de soi. La raison pour laquelle j'ai décidé d'inclure la néphéline est que bien qu'il s'agisse d'une matière commerciale, il s'agit d'un feldspathoïd canadien, qui peut être très utile comme fondant dans une recette de glaçure. De plus, la néphéline a un point de fusion plus bas que les autre feldspaths, ce qui en fait un choix logique pour le développement de glaçures basse température.

Les coquilles d'oeufs
J'ai lavé, séché et conservé les coquilles des oeufs que nous mangions à la maison pendant plusieurs mois pour obtenir une quantité suffisante de matière pour mes expérimentations. Des coquillages ou autres coquilles de fruits de mer peuvent être aussi utilisés. Il faut savoir que bien que les coquilles d'oeufs puisse servir de source de calcium dans une glaçure, il faut toutefois les calciner entre 550 et 600 degrés Celsius avant de pouvoir s'en servir. Au delà de 800 degrés Celsius, le calcium se transforme en oxyde qui lui est très irritant pour la peau.

Dans un premier temps, il faut broyer grossièrement les coquilles au mortier. J'ai fabriqué 2 saggars (de simples contenants que j'ai tourné et dans lequel j'ai percé un trou à environ 1,5 cm sous la lèvre que j'ai ensuite cuit). J'ai utilisé des assiettes biscuitées fissurées comme couvercles. J'ai déposé les coquilles d'oeufs dans mes 2 saggars et les ai fait cuire à cône 022 (582 degrés Celsius) assez lentement pour permettre aux gaz de s'échapper. Hé bien! Malgré la ventilation, les regards ouverts, et une cuisson lente, le processus a géré beaucoup de gaz forts nauséabonds dont l'odeur a même persisté pendant plusieurs jours! Et à ma grande surprise, les coquilles d'oeufs étaient devenues toute noires!

Je me suis dis qu'il y avait peut-être une réduction qui s'était produite dans les saggars, à cause des matières organiques qui restaient, vu l'énorme quantité de gaz générée dans des contenants presque complètement fermés... Bref, je me suis informée à des collègues céramistes et apparemment qu'il n'y avait rien d'anormal à ce que les coquilles d'oeufs ait viré au noir! Bon à savoir... Par la suite, il est très facile de broyer les coquilles à l'aide d'un mélangeur. Enfin, il s'agit simplement de tamiser la poudre à la granulométrie désirée. Pour ma part, j'ai choisi un tamis 80 mailles.

L'argile locale 
Je parlerai plus en détails de l'argile locale dans une prochaine publication, car il s'agit d'un sujet en soi et il y a beaucoup à dire! Pour ce laboratoire, je tenais à préciser que j'ai eu la chance d'avoir accès à une argile locale de Kamouraska, prélevée en toute légalité, par l'entremise de mon collègue Julien Mongeau (A & J Métissage), que je remercie d'ailleurs pour sa contribution! En échange, il me fait plaisir de partager le fruit de mes recherches ;)

La méthode quadraxiale
Si j'ai choisi cette méthode, c'est qu'il y avait plusieurs matières que je désirais tester et que je voulais avoir un large éventail de possibilités... ce que j'ai obtenu!

Pour tester les matières à mon goût, j'ai modifié le modèle du laboratoire afin qu'il soit en réalité une sorte de double linéaire. En haut à gauche (A) se trouve l'argile locale, en bas à gauche (B) les cendres de bois lavées, en bas à droite (C) les coquilles d'oeufs calcinées et tamisées, et en haut à droite (D) la syénite néphéline.

Sans plus tarder, voici donc les résultats obtenus aux différentes températures.

Cône 6

Sans aucun doute la température de cuisson qui offre le plus de résultats prometteurs. L'argile locale (#1) donne l'impression de pouvoir donner une glaçure en elle-même. L'ajout de 20% de cendres à 80% d'argile locale (#7) offre une piste très intéressante de glaçure satinée. L'argile locale et la néphéline (#2 à #5) donnent ensemble une surface lisse: encore là une piste intéressante. La cendre de bois (#31) et les coquilles d'oeufs (#36) ne sont pas du tout fusionnées lorsqu'utilisées seules. Enfin, je pourrais dire que la majorité des résultats reste peu prometteuse pour le développement d'une glaçure utilitaire, vu les textures mattes et rêches de la plupart des échantillons. Cependant, les quelques résultats satisfaisants sont amplement suffisants pour me permettre de poursuivre mes recherches.

Cône 2

Les résultats les plus intéressants à mon avis sont ceux qui mélangent argile locale et néphéline (#2 à #5). Les autres résultats vont dû mat au clairement sous-cuit.

Cône 04

Échec : aucune fusion des matières à cette température.

Conclusions
En somme, puisqu'ils y avaient davantage de résultats prometteurs à cône 6, j'ai choisi de poursuivre mes recherches de glaçures à cette température de cuisson pour le moment.

Avec le recul, je ne dirais pas que je regrette mon choix, mais en réalisant ce laboratoire, j'ai réalisé qu'il serait peut-être préférable de désormais privilégier la méthode triaxiale dans ma pratique. Premièrement, un laboratoire quadraxial est très long à préparer et à réaliser. J'ai passé un après-midi complet uniquement à sa réalisation, et cela n'inclus même pas la préparation! De plus, j'ai réalisé en cours de route que, la majorité des résultats démontre la réaction des 4 matières entre elles : je ne vois pas ce que seulement 3 des matières pourraient elles donner, ni l'interaction d'uniquement A et C, et de B et D. Bref, je crois que je me suis un peu compliqué la vie (probablement car je voulais tester trop de choses en même temps!). J'aurais pu y aller plus simple en faisant plusieurs triaxiaux au besoin par exemple...

Dans un prochaine publication, la suite de mes recherches de glaçures!

 

Cindy Labrecque tient à remercier le Conseil des arts et des lettres du Québec pour son soutien financier qui a permis la réalisation de ce projet.

Leave a comment

All comments are moderated before being published